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L'art difficile de la séduction... politique.

A 4 jours du 1er tour, je vous propose de revenir ensemble un instant sur ces affiches qui prennent presque plus de place dans notre champ visuel que ces bons vieux points de contacts achetés par nos amis les voyagistes, les constructeurs automobiles ou les lessiviers.

Que se passe-t-il dans la tête d'un communiquant qui doit synthétiser, voire magnifier une idée (pour ne pas dire une idéologie pour certains, si ce luxe peut encore exister au XXIe siècle), un homme/une femme, un programme, en une seule affiche de campagne ?

A première vue lorsqu'on regarde ce cru 2007, on serait tenté de répondre "pas grand chose"... Ou encore "une grosse envie de déconner" quand on s'attarde sur celles de SCHIVARDI, BESANCENOT ou NIHOUS.

Petit passage en revue :


Gérard SCHIVARDI : Ragga Style
si sa photo avait été un peu moins conventionnelle, et un peu plus riche en dreadlocks, on aurait pu directement se pointer à son concert, sans se rendre compte de la supercherie.
"Pour la rupture avec l'Union Européenne" mais "Pour Bob Marley ministre de la culture" ;)


Olivier BESANCENOT : en représentation près de chez vous
en regardant son affiche je ne peux m'empêcher de penser soit à un accordéoniste de province qui passerait de bal en bal (les guillemets qui me font penser à des croches, peut-être) ou à un comique de seconde zone qui fait son 1er one man show (la typo utilisée pour son nom, et son prénom penché font vraiment théâtre de boulevard)


Frédéric NIHOUS : le candidat des pays de l'Est
lumière délavée, couleurs des typos dignes des premiers outils de PAO, typo blanche sur fond blanc pour l'élément le plus important de l'affiche dans le cadre du choix d'un candidat : son nom... Rien ne va. C'est froid, laid, on dirait un truc des années 70 dans les pays de l'Est.



Arlette LAGUILLIER : le bordel ambiant
désolé mais ça fait 5' que je me demnde comment formuler le fond de ma pensée, et je n'ai pas trouvé autre chose. Le détourage de son visage est digne de ce que pourrait faire un môme de 3 ans, le fond translucide sur une pagaille de banderolles perturbe l'oeil, la typo et le choix des couleurs n'est pas du tout moderne. Seul point intéressant, cette affiche est la seule à utiliser un format à l'italienne (horizontal)


Dominique VOYNET : madame météo
le fond vert rappelle énormément celui des plateaux TV à partir desquels on effectue des incrustations numériques (type météo). C'est d'ailleurs l'impression qui s'en détache. Une Dominique Voynet incrustée sur l'affiche, comme si elle n'y avait pas sa place. La Terre en arrière plan renforce le côté Gillot-Pétré, et me dérange un peu quand sa protection est le sujet qui devrait occuper l'avant-plan pour un tel parti.


Jean-Marie LE PEN : le culte de la personne
je sais, c'est un peu facile, mais jugez plutôt : sa personne en surimpression d'une foule totalement floutée (quand on est flou on est secondaire), en arrière-plan (quand on est derrière on ne nous entend pas) et en contre-bas, le Pen semblant être en hauteur... Même une partie de son nom est masquée par son visage. Le Pen au tout premier plan, donc, plus important que tout le reste, et qui fait un geste dont on ne sait pas trop s'il signifie "je vous tends la main" ou "vous voyez, je vous l'avais bien dit"...


Philippe de VILLIERS : la photo CV
très propre sur lui, le sourire décontracté, le regard franc, légèrement de profil pour ne pas faire trop strict, un camaïeu de bleu clair en référence aux couleurs historiques de la droite, et un claim court, sur fond orange (le orange est la couleur complémentaire du bleu - cqfd). Pas grand chose à y redire, c'est peut-être justement là le problème : c'est aseptisé, lisse, plat...


José BOVE : l'absence de candidat
celle-ci est peut-être la plus originale des 12 affiches en ce sens que le candidat n'y apparaît pas. La nature, à travers le coquelicot y tient en revanche la place centrale. En langage des fleurs le coquelicot représente "l'extravagance fantasque", ce qui pourrait assez bien coler à José Bové. En revanche l'anecdote mérite d'être soulignée : le coquelicot appartient à la famille des pavots... De là à faire un rapprochement hâtif avec le candidat et son image babos du Larzac... ;)

Marie-George BUFFET : la plus fidèle à ses valeurs
...comme elle le précise d'ailleurs en bas à gauche de l'affiche. Un fond rouge qui ne renie pas ses origines, en dégradé toutefois pour ne pas être trop violent ni trop applat de couleur moche (comme le vert de Voynet). Pas de fioritures, une coupe de cheveux "au poil" (^^), l'image d'une dame respectable mais qui fait plus notable de province que présidente de la République (oulah, je prends des risques là). Au final une affiche très classique au détail près du bandeau en bas dont on ne sait pas trop si c'est un clin d'oeil au rainbow flag, de la part de la seule candidate à s'être intéressée à la condition des transsexuels.



Ségolène ROYAL : le changement, mais en noir & blanc
la "candidate du changement" de cette élection se distingue étrangement par un visuel en noir & blanc... L'eshétique est très clairement en jeu, même si le grain de la photo associé à cet aspect monochrome donne plutôt l'impression d'une vieille photo "souvenir" (passé), ce qui cadre à mon sens moyennement avec cette promesse de changement (avenir).


Nicolas SARKOZY : la mieux construite
la composition de l'affiche est à mon avis la plus graphique. L'utilisation des typos donne un côté moderne tant par leur style que par leur agencement (observez notamment l'espacement des lettres en bas de l'affiche qui occupent toute la largeur et le rappel discret du site web) qui font très marque de luxe (remplacez sarkozy.fr par la mention "Paris" habituelle aux parfums ou à la couture et vous aurez peut-être comme moi l'impression d'une pub pour Guerlain ou Dior... enfin presque, faut pas pousser quand même ;). En revanche la posture du candidat est trop figée, trop raide, et se traduit dans un sourire plutôt tendu et des sourcils en accents circonflexes qui laissent plutôt circonspects sur les desseins qu'ils chapeautent (les yeux ne sont-ils pas les miroirs de l'âme ?...)


François BAYROU : l'union par le symbole de l'alliance
la particularité de cette affiche versus les 11 autres est le cadrage de la photo qui mettent bien en valeur les mains du candidat. Leur position elle-même révèlent beaucoup de choses. Les coudes sont solidement appuyés sur un support (une table par exemple) ce qui traduit à la fois la stabilité et la détermination. Le poing droit serré dans la main gauche traduit également la force de conviction ("la France de toutes nos forces"). Enfin l'alliance saute aux yeux. Au-delà du symbole religieux qu'elle implique (Bayrou, le chrétien démocrate) toute sa valeur d'union, et donc sa traduction politique de rassemblement (l'unification de la gauche et de la droite) prend alors toute son ampleur et tout son sens. Cette affiche est pour moi la plus évocatrice du programme et de la personnalité du candidat.


Voilà à peu près ce que je retire de ces affiches de campagne qui nous accompagnerons encore quelques dizaines d'heures avant d'être arrachées ou recouvertes par celles des 2 finalistes du 6 mai.

L'exercice de style (la composition d'une affiche électorale) doit être complexe. Doit-il pour autant excuser un tel manque de créativité tant dans la forme que dans le message à faire passer ?

Pour compléter ce post, je vous renvoie à une note très riche et très intéressante (comme souvent) de Ulfablabla sur l'historique des affiches de campagne.

Bon vote !




9 commentaires:

  1. le perchoir6:45 PM

    Je m'incline devant les explications.
    l'affiche idéale ?

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  2. Hum hum.... did you read this?
    http://www.ouinon.net/index.php?2007/04/09/162-a-propos-des-affiches-electorales

    :p

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  3. Jul >> no I didn't, mais son angle est plus "design" que le mien. Très intéressant et fouillé.

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  4. Ho, on parle de moi ici...
    Bon, pas le temps de trop en rajouter sur les affiches, juste un mot sur celle de Bayrou qui me fait rire parce qu'il prétend n'avoir personne pour sa com. alors que visiblement sa posture est la plus étudiée. pour moi ça ne reflète rien de sa personnalité, simplement qu'il a été bien conseillé, ce qui n'est déjà pas si mal...

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  5. Navajo >> t'es bien gentil de laisser un commentaire mais si c'est pour faire la pub d'un candidat (trotskiste de surcroît - mais ce dernier point n'engage que moi) je ne suis pas d'accord. Donc j'ai effacé ton message.

    Ulfa >> bien d'accord avec toi, sans doute l'un des visuels les + réfléchis

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  6. Tu as devancé Reuters... quelle classe!!(http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-30556510@7-37,0.html)...
    Je reste pour ma part vraiment nostalgique des photos de R.Depardon...(bouquin sublime: les images du politique)

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  7. Christophe Fillatre, le patron de l'agence Carré Noir, se livre au même exercice que toi. Mais lui, il a le droit de le faire dans Le Monde...
    http://www.google.fr/search?hl=fr&q=batterie&btnG=Recherche+Google&meta=

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  8. Stéphen12:32 AM

    Très bonnes explications ! Quel oeil.
    Trop fort l'affiche de Schivardi :-).
    Mais sans rire, quand j'avais un groupe, on a souvent joué dans l'Aude (fief de Schivardi) et sans rire y'a une très grosse scène reggae. Relation de cause à effet? :-) ça peut prêter à sourire mais moi je pense que oui !

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