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Quand Google deviendra politique avec Nest

Google s'est donc offert le thermostat intelligent Nest pour 3,2 milliards de dollars. Voici 3 raisons pour lesquelles le géant de Moutain View s'intéresse à la température de votre foyer. Les deux premières sont plutôt évidentes, mais la 3e est sans doute la plus inattendue mais aussi la plus fondamentale pour l'avenir de notre planète.


LA 1ère RÉPONSE est évidemment économique. Classique. Stratégie de croissance externe, en se positionnant sur un marché annoncé comme la nouvelle vague de la révolution digitale avec ses 26 milliards d'objets connectés attendus dans le Monde en 2020 pour un CA cumulé de 300 milliards de dollars (Gartner). Avant qu'un autre géant ne le fasse à sa place.

Ajoutons à ceci que certaines sources rapportaient déjà en janvier 2013 (un an pile avant le rachat) que Nest expédiait près de 50.000 devices par mois. Considérant un prix moyen de 189$ (le thermostat coûte 249$ et le détecteur de fumée 129$), cela fait déjà un beau CA annuel d'environ 113M$.

Mais est-ce un motif suffisant pour que Google achète Nest ? Pour débourser une telle somme ? 




LE 2nd NIVEAU DE LECTURE est éminemment stratégique. L'innovation. Nous en avons déjà parlé, mais le cycle de vie d'une innovation de rupture telle que fût celle du web connaît forcément une phase de déclin, nécessitant d'avoir exploré et plus encore ouvert et préempté d'autres chemins.

Google qui depuis 1998 organise littéralement le web est dans cette logique. Déjà passé du desktop au mobile, l'Internet des Objets ("Internet of Things" ou "IoT") est la 3e (r-)évolution de la révolution digitale.

« La croissance de l’Internet des objets dépassera, et de loin, celle des autres terminaux connectés, assure Peter Middleton, directeur de recherche chez Gartner. En 2020, le nombre de smartphones, tablettes et PC en usage tournera aux alentours des 7,3 milliards d’unités, soit trois fois moins que celui des objets connectés. » 
Après avoir créé de nouveaux usages avec son moteur de recherche, Google se doit de garder un coup d'avance sur les nouveaux comportement de l'humain mis face aux possibles des nouvelles technologies digitales. La seule différence que souligne le rachat de Nest, c'est que si Google créait naguère ces nouveaux comportements, c'est à son tour de s'adapter à la croissance exponentielle de l'évolution technologique pour rester dans la course et garder un coup d'avance. Car finalement, Nest sera le vrai 1er objet connecté de la marque, déjà disponible alors que les Google Glass qui font tant parler depuis longtemps ne sont pas prêtes d'être mises sur le marché (courant 2014 aux USA sans date officielle). 


UNE 3e CLÉ DE RÉFLEXION est indéniablement plus politique. Au sens premier du grec Politeia qui concerne la constitution (donc la structure et le fonctionnement) d'une communauté, d'une société, d'un groupe social...

Depuis ses débuts, Google s'immisce physiquement partout dans la "cité" (Polis).
 
D'abord sur notre lieu de travail à la fin des années 90, puis rapidement dans nos maisons avec l'ordinateur familial, puis la Google TV. C'est ensuite la mobilité qui dissémine son influence et son omniprésence. Embarqué, dans notre voiture (rachat de Waze, projet de Google Car), sur nous (pour nos recherches et itinéraires sur smartphones, OS dédié Android, bientôt les Google Glass...) et finalement... en nous ! Par le réflexe, devenu quasi-instinctifs de "passer par Google" quelque soit notre besoin de mémoire, de savoir ou d'imagination.

Avec Nest, Google met un pied supplémentaire dans notre habitat. Ou plutôt dans des millions de foyers. Car, si la crainte populaire d'un Big Brother s'intéressant à l'individu est justifiée par cette impression d'omnipotence ("the thermostat even has a sensor with a 150-degree range to detect when you’re not home, so it can adjust the temperature accordingly, and save energy"), à l'heure du Big Data c'est plutôt cette capacité à connaître et donc à maîtriser le groupe qui est bien plus synonyme de pouvoir, et donc de richesse.


NAM ET IPSA SCIENTIA POTESTAS EST 
"Savoir, c'est pouvoir." concluait Francis Bacon. On ne peut obtenir de la nature en émettant seulement le souhait, il faut l'étudier, la comprendre pour pouvoir l'utiliser à ses fins.

Google nous semble suivre cette logique depuis longtemps déjà.

Agrégeant depuis le début la connaissance du monde, la firme connaît les centres d'intérêts de l'humanité, y compris en matière d'actualités, et l'organise en conséquence...

Avec Google+, Gmail et Blogger, nos relations et opinions sont connues et analysables, modélisables.


Avec Google Music Play, Google Books, Google TV et Youtube, Google sait précisément où en est la culture à l'échelle locale comme mondiale.

On pourrait multiplier les exemples de sources d'information pour Google que représentent chacun de ses services et outils, mis gratuitement à notre disposition pour nous adoucir le quotidien.

On en connaît déjà certaines démonstrations de la puissance de Google en matière de traitement de ces données. Citons-en deux simplement à titre d'exemple. La publicité contextuelle en est l'un des exemples les plus emblématiques et a (largement) concouru à renverser l'industrie toute entière de la communication et du marketing. Moins connu, Google Flu Trends est capable depuis 2008 de traquer l'avancée du virus de la grippe à travers le Monde en fonction des recherches effectuées sur le plus célèbre des moteurs de recherche.


Dès lors, à l'heure de LA problématique mondiale et vitale que représente la consommation et donc la gestion des énergies, le rachat de Nest par Google prend peut-être tout son sens.

Car être capable de connaître finement (car in situ) la consommation et surtout les habitudes de consommation en matière d'énergie, aussi bien localement (une ville) que globalement (un pays), représente une information inestimable pour les acteurs privés et publics responsables de la gestion des ressources (production et distribution).  Ainsi, en rachetant Nest, Google se positionne comme un acteur potentiellement incontournable de ce nouvel enjeu économique et écologique (donc politique) fondamental que l'on appelle smart grid.

Comprenons que l'enjeu est planétaire ! Au sens où il nous concerne tous. Mais aussi et surtout au sens qu'il en va du sort de notre Planète comme habitat de l'espèce humaine (entre autres). Savoir c'est pouvoir. Si Google sait, demain, comment réguler la consommation d'énergie dans le monde, Google peut agir sur l'avenir de l'humanité.

Cela a une valeur inestimable puisqu'il en ira du futur de notre espèce. Une valeur qui va bien au-delà des perspectives économiques, commerciales ou financières liées à une telle opération de croissance externe.

Une valeur qui consacrera mondialement l'ancienne start-up californienne en tant qu'acteur politique de 1er rang. 

Au sens de Politeia - la connaissance et la maîtrise structurelle de l'organisation de notre société mondiale - et de Politikè qui se réfère plus directement à la pratique du pouvoir.



Pour aller + loin, d'autres articles traitant du rachat de Nest par Google :
> à propos de qui s'enrichit avec ce rachat
> le site de Nest
> à propos de l'intérêt de Nest pour le comportement de ses clients

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