Rencontre avec Paul Raguin, Président d'Eolane

Un homme simple. Au bon sens terrien pourrait-on dire. Héritier probablement du pragmatisme de son père qui fonda la CANA (coopérative agricole, devenue depuis Terrena). 


Pourtant, cet entrepreneur de 73 ans est à la tête d'Eolane, ce petit empire angevin (25 filiales actives, 3500 salariés, 430M€ de CA) dont le nom ne vous parle peut-être pas. Eolane est un fleuron français de l'électronique partenaire des plus grands noms du médical, du ferroviaire, de l'automobile ou encore des telecom ou de la défense. 

Rachetée en 1985 par Paul Raguin, l'entreprise est depuis devenue un groupe, avec pour principe clé le partage de six valeurs comportementales clés.



L'approche de M.Raguin est donc pleine de bon sens, sans surprise penseront certains, mais manifestement efficace et efficiente.

Il compare ainsi la "maison Eolane" à une véritable bâtisse : 
- dont les fondations reposeraient sur "le roc", leurs valeurs (garanties par le conseil de surveillance à moitié composé de la famille Raguin, à moitié d'extérieurs), 
- puis qui aurait pour plateforme les performances opérationnelles qui sont mesurées en permanence (reporting du vaisseau amiral et des 25 filiales tous les lundis matins avec le directoire), 
- et enfin de 3 piliers que sont la relation client (quête permanente de l'effet "waouh"), l'innovation (à 360°, pas uniquement technologique mais aussi financière, dans ses business models, etc.) et le réseau (partenaires, etc.).

Ainsi, en 1h30 d'échanges décontractés, le chef d'entreprise a-t-il partagé avec la vingtaine de privilégiés que nous étions, ses méthodes, ses convictions et ses petits "secrets". Parmi lesquels je partage  à mon tour avec vous deux d'entre eux :

1. Point de salut sans lecture. Et plus globalement sans ouverture. Pour lui c'est également l'art qui le ressource et l'inspire. La lecture permet de prendre de la hauteur, à commencer sur soi-même. 

2. "On ne réussit plus seul". Sa phrase de conclusion. En matière de business, personne n'est un génie pouvant se passer des autres. Seul actionnaire d'Eolane, Paul Raguin s'est pour autant très bien entouré et compte sur son conseil de surveillance pour assumer son rôle de "garde-fou". 

C'est sans doute mu par toutes ces valeurs que Paul Raguin est également à l'origine et désormais à la tête de la Cité des Objets Connectés qui abritera un centre d’innovation et une usine de production qui permettront aux start-up d’y développer des projets en mode collaboratif . Véritable figure de proue de l'innovation française en matière d'Internet of Things (et principalement du Machine to Machine (M2M) pour Eolane), la Cité des Objets Connectés sera dans le radar de plus d'un acteur du marché national, et sûrement international. 

Merci à Antoine Dumont et Charles La Fay, associés d'Elton Pickford pour cette rencontre avec Paul Raguin.

CES 2015 : tendances et innovations

Comme chaque année le CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas a fait le plein, de visiteurs du monde entier, et d'innovations technologiques plus ébouriffantes les une que les autres. Voici mon débrief de l'édition 2015.

En substance, avant de vous lancer dans ce slideshare (80 slides et pas mal de vidéos tournées sur place), voici quelques points clés.

Tout d'abord, pas d'innovation de rupture vraiment marquante au CES 2015. Mais des confirmations de tendances lourdes et définitivement synonymes d'un nouveau virage dans le digital. Tel l'Internet of Everything (appellation bien plus précise que notre "Internet des objets"), l'impression 3D et l'arrivée progressive de la robotique grand public.

Ce qu'il faut retenir pour chacune de ces 3 tendances fortes :


1. INTERNET OF EVERYTHING :

Nous assistons au CES 2015 à la fois à une explosion de l'offre, à la segmentation de celle-ci (par usage et par cible - dont les enfants et même les animaux de compagnie), synonyme d'une certaine arrivée à maturité marketing. En outre, la présence massive de constructeurs ou revendeurs asiatiques (Shenzen) avec une stratégie très agressive en matière de prix (des smartwatches ou tracker d'activité plusieurs dizaines de dollars moins chers que les poids lourds du secteur) laisse présager d'un référencement très prochain de ce type d'articles en grande distribution, ce qui finira de les rendre "mainstream". La marque MyKronoz (slide 29) vient d'ailleurs d'entrer à... la FNAC.




LES TROIS GRANDS CHAMPS APPLICATIFS DE L'INTERNET OF THINGS SONT :

  • l'individu ("wearables") à des fins de bien-être, santé, sécurité, loisirs... ;
  • la maison (smart-home) pour un meilleur confort et une plus grande sécurité (véritable produit d'appel aujourd'hui). Un peu la domotique que l'on nous promet depuis au moins 30 ans ;
  • l'automobile (smart-car) avec pour volonté de nous amener progressivement vers un véhicule 100% autonome. Et c'est probablement là que le CES 2015 a été le plus marquant, avec notamment le magnifique concept-car de Mercedes, la F015 Luxury in Motion (slide 35)

2. L'IMPRESSION 3D :
Là non plus, pas de grande nouveauté. L'innovation de rupture étant l'impression 3D en elle-même, mais adaptée à des usages grand public. Cela nécessite de passer par des produits plus accessibles (prix, technicité, matériaux...). Et c'est ce que nous avons retrouvé au CES 2015. Une plus grande variété de matériaux, même s'il est encore rare (et coûteux) de les voir combinés au sein d'une même machine.

Un coup de cœur toutefois pour la Voxel8 (slide 46) qui permet d'imprimer aussi le circuit électronique de votre objet, ce qui en fait quasiment une imprimante 3D "tout en un". 3Dme (slide 49) est quant à elle une boîte qui permet de scanner votre visage pour le reproduire sur le corps de votre super héros préféré. Sympa et efficace.

3. LA ROBOTIQUE, LUDIQUE :
Le CES sert à cela également. Sentir une tendance arriver. Et en matière de robotique grand public, nous avons plutôt vu arriver ces dernières années des machines "clé en main", utilisés dans l'industrie, les services à la personne ou même le commerce... Mais la pop-culture et sa science fiction à tôt fait de nous renvoyer à notre (simple) condition humaine et de nous faire flipper de voir arriver un humanoïde à la maison, prêt à en découdre avec notre espèce sous ses aspects faussement dociles et serviables.

Les freins psychologiques seront encore longs à débloquer, mais mon pari est le suivant : ce sont nos enfants qui feront entrer la robotique dans nos foyers. Tout comme nos parents jouaient avec Mecano, nous avec Lego, et les plus jeunes avec des Kapla, notre progéniture actuelle va s'acculturer au code et à l'assemblage de technos de pointe (capteurs en tous genre, Arduino...) par des jeux de construction renouvelant le genre (slide 53 et suivantes).

...et maintenant, place au débrief en images :


Social Media : tendances 2015

Chaque début d'année s'accompagne traditionnellement de son cortège de tendances, prévisions voire prédictions en tout genre. Voici celles de Kantar Media en matière d'évolution des médias sociaux pour 2015.

Mobile First ! C'est le nouveau mindset depuis quelques mois déjà, que l'on retrouve dans toute bonne conférence sur le digital. L'omniprésence du smartphone dans nos vie, jusqu'à devenir notre principale source de connexion au web (la seule pour 1 milliard de personnes en 2015), change de fait nos usages des médias sociaux.


Ainsi le dégroupage des applications sociales (type le Messenger de FB) devient la nouvelle stratégie de ces plateformes pour segmenter nos usages et nous maintenir captifs tout au long de la journée. En mobilité, on a besoin d'aller droit au but. Donc une fonction simple et claire et une ergonomie adaptée. Dans l'idée, des applications comme Plague (le Tinder du contenu) devraient définir une nouvelle norme.

Mais les échanges privés échappant aux publicitaires, de nouveaux outils de tracking vont également voir le jour pour - via de nouvelles fonctionnalités offertes par ces services - de sorte à ne plus laisser passer cette "dark" source de viralité. Étrange retour vers le futur nous renvoyant aux débuts du "viral"... par e-mail.

Enfin, l'Internet of Things et les wearables en particulier joueront également un rôle d'accélérateur du changement. Ces nouveaux devices, dont ma petite virée au CES de Las Vegas me permet sans crainte d'attester que 2015 est certainement l'année de leur invasion grand public, sont pour l'essentiel connectés aux médias sociaux et vont contribuer à en inventer les nouveaux usages.

 


via l'ADN

Journal : CES 2015 #4 - Tendances

Voici trois tendances majeures que l'on peut déjà - à chaud - retenir du CES 2015.
Je prendrai le soin de revenir plus tard, à "tête reposée", et avec un wi-fi stable (le point le plus étonnant de ce voyage et de ce salon) sur ces points, et d'autres, de façon plus spécifique et détaillée.


L'IMAGE
L'image n'a jamais été aussi présente dans nos vies. Son pouvoir, jamais aussi puissant dans notre civilisation. Des écrans de Times Square (dont le géant de 2.300m² !) aux selfies de M. Toulemonde (qui en disent peut-être plus sur nous que l'on ne l'imagine), nous sommes devenus "imagovores".

Qu'il s'agisse de l'image que l'on regarde (écrans de toutes tailles), ou celle que l'on veut donner (du monde, des autres ou de soi-même avec la Réalité Augmentée ou Virtuelle), l'édition 2015 du CES lui donne une large place.


L'Ultra Haute Définition : les constructeurs Sony, Samsung, LG et Panasonic font alliance avec Netflix et les studios de cinéma américains (20th Century Fox, Warner Bros, Disney...) et dévoilent de nouveaux écrans dédiés à cette nouvelle norme (encore une), et surtout de nouveaux contenus adaptés à cette dernière (pour ne pas répéter les erreurs de la 3D). Ainsi, par exemple, en 2015, 60% des écrans LG seront UHD.


Plus anecdotique, mais quand même... le Selfie Stick. Manipulé avec brio par Baptiste depuis notre départ, et croisé à tous les coins du CES, surmonté d'une GoPro ou d'un simple smartphone, ce bras télescopique permettant de se prendre en photo/vidéo quelque soit l'angle ou la distance est sûrement l'objet low-tech le plus "geek" de l'année. Attention que ce nouveau reflet de notre petite personne ne nous amène pas tel Narcisse à en tomber à la renverse.


LE TANGIBLE / L'INTERNET DE (TOUTES) LES CHOSES
2014 aura été l'année charnière qui a fait basculer notre environnement proche dans l'Internet of Things. Au risque de me répéter, cessons en français de réduire cette nouvelle étape de la digitalisation de notre monde à "l'Internet des Objets".

La Keynote de Samsung permettra aux sceptiques et aux autres qui pensent que les objets connectés sont des gadgets amusants qui passeront que l'avenir est ailleurs. L'Internet of Everything, c'est la volonté de connecter tout notre environnement pour qu'il apprenne de nous et s'adapte à nous. But ultime. Adpater notre environnement à nos contraintes. Pas l'inverse. Le mythe de Prométhée toujours et encore. Ceux qui assistent à mes conférences se souviendront de la référence.

D'aucuns pourront alors s'interroger, comme le pourtant très gaillard Korben, sur la place véritable de l'homme dans ce nouveau rapport homme/machine où finalement le premier devient l'objet d'étude du second (ne parle-t-on pas de machine learning d'ailleurs ?).

Néanmoins, pour atteindre un niveau de connexion "global" le chemin passe forcément par le pullulement de tout un tas d'objets, indépendants (pour le moment) les uns des autres, ne serait-ce que pour familiariser le consommateur, lui faire prendre goût. Les wearables et l'automobile connectée sont indiscutablement les deux tendances de fond en 2015. Mais j'y reviendrai plus spécifiquement dans de prochains posts.


LES CIEUX / LES DRONES 
Plus petits, plus ludiques et accessibles, les drones abordent en 2015 leur phase d'appropriation par le grand public.

Jusqu'ici plutôt "réservés" aux amateurs éclairés de modélisme ou d'image (on y revient), les drones ont en 2014 fait beaucoup parler d'eux. Pas toujours qu'en bien d'ailleurs. Et Noël a confirmé cet intérêt. Mais l'offre qui arrive sur le marché, avec des leaders incontestables comme le français Parrot mais aussi de nouvelles marques asiatiques plus accessibles en prix, est clairement destinée à séduire le plus grand nombre.

Souhaitons juste qu'en la matière, les constructeurs ET les consommateurs sauront se souvenir d'Icare pour ne pas aller trop loin dans leurs ambitions ou leur utilisation et risquer d'y laisser des plumes. 




La représentation que l'on se fait de notre monde (image), son amélioration "Now we can digitize our World" dit Chris Anderson à propos de l'Internet of Things lors de la conférence Futur of Robotics (vidéo), puis notre espoir de le dominer, en altitude du moins, avec les drones... Il y a tout cela au CES 2015 de Las Vegas. Mais rien de nouveau, finalement. Car cette tendance à vouloir s'élever, tant vers les cieux qu'en augmentant sa condition humaine trahit depuis longtemps la volonté de l'homme de rattraper ses dieux. Tâchons "simplement" de ne garder que le meilleur pour faire avancer notre espèce, avec discernement et responsabilité. Ce que nous avons malheureusement parfois du mal à faire.  

Nous le savons tous, l'évolution est une question de survie. Et ce qui est vraie pour notre espèce l'est aussi pour l'entreprise. Logique. Gary Shapiro, Président du CEA, organisateur du CES, rappelle à ce propos dans sa keynote d'ouverture que son leitmotiv "Innovate or Die" depuis 2010 s'est accompagné de la disparition de certaines entreprises bien établies et l'apparition (et le succès !) de nouveaux acteurs plus en rupture avec les anciens modèles (Twitter, Tesla, FitBit, Makerbot...). Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.


Le Français Parrot, emmené par Jérôme Seydoux crée clairement le marché, la foule des grands jours ne s'y trompe pas sur son stand, et assiste à une démo virtuose de ses engins



Cette jeune-fille croisée au Madison Square Garden et qui passa plus de temps à se photographier sous tous les angles qu'à regarder le match aurait bien eu besoin d'un selfie stick. Ou d'une gifle.

Journal : CES 2015 #2-3 - NYC

Avec une valise de 30kg et un petit extra à JFK, on ne va pas se mentir : le shopping s'est très bien passé. Qui connaît New-York sait qu'il est impossible de repartir à vide. Surtout en période de soldes...

Même les rookies de l'étape ont vite été pris de fièvre acheteuse. Cette première étape a surtout été l'occasion pour tous d'apprendre à mieux nous connaître et de préparer notre plan d'attaque pour la semaine à venir.

Car le CES est une grosse machine. Une très grosse machine. Entre les annonces de nouveaux produits, les 3500 exposants (dont 115 pour la France, 1er pays européen le plus représenté et 4e toute catégorie), les conférences et les quelques 160.000 visiteurs attendus, un minimum d'organisation est recommandé.

Plus que quelques heures désormais avant l'ouverture officielle. Et puisque cela fait maintenant deux fois que je vous parle de notre fine équipe sans vous les avoir présentés, voici (de gauche à droite) :

Alexandre Sochacki (IT Innovation Manager - SNCF), Olivier Guillet (Chef de projet - Emotic), myself (The LINKS), Ronan Merouze (Technical Consultant - Emotic), Baptiste Rongier (UX/UI Consultant - Emotic) et Michaël Thoby (CEO - Emotic).



Nous vous donnons donc rendez-vous dès demain au CES Emotic et The LINKS.
#FrenchTech #NantesTech #CES2015

Journal : CES 2015 #1 - Le départ

Cinq heures du mat' j'ai des frissons, je claque des dents... Mon taxi monte le son de son autoradio qui crache un morceau étrange. Mais qu'est-ce qui ne le parait pas, si tôt. Et l'idée de quitter les miens en catimini, à l'heure des amants transis, par le froid d'un 2 janvier, les restes de la St-Sylvestre encore tièdes, pour parcourir plusieurs milliers de kilomètres remporte la palme. Je suis un chef de famille qui mérite la mise à pied pour service non rendu à la nation.

Car en attendant c'en est une autre, de nation, que je m'en vais rejoindre. Et pour nous y escorter l'oncle Sam a convoqué le ban et l'arrière-ban de ses hérauts contemporains. Je voyage en compagnie de Tom Cruise, Denzel Washington, Morgan Freeman... Coca-Cola. Mais c'est avec Scarlett que je tenterai de trouver le sommeil, a-demi recroquevillé sur les réacteurs, faisant semblant d'oublier les turbulences aussi rapidement qu'elles me secouent la couenne.

Le rêve américain est à ce prix. Et la route pour Las Vegas est encore longue. Mais le jeu en vaut certainement la chandelle car cette fois le vice m'attire. Le Consumer Electronic Show est à Vegas ce que le MoMa est à New-York, le Colisée à Rome et le PSG à Paris. Un temple. Pour qui se passionne pour l'art, l'histoire, le foot ou l'innovation. 

Le CES c'est un peu tout cela à la fois. Le talent créatif de l'homme codant inexorablement l'évolution de son espèce, et ses athlètes, véritables dieux d'un stade où l'innovation est le maillot de tous et les passements de jambes des sauts dans le futur.

Mais avant de plonger dans ce grand bouillonnement d'idées, de technos et de prospectives, mes camarades de jeu et moi-même avons décidé de prendre la température du terrain en nous arrêtant là où les tendances se font vraiment depuis des décennies, avant de traverser à leur tour l'Atlantique. Allons voir si la grosse pomme a encore du jus et si nous pouvons y connecter notre inspiration.