Quand les politiques dérapent encore sur le web

Depuis la 1ère élection d'Obama, nos politiques ont saisi l'importance du web, et plus spécifiquement encore des médias sociaux comme point de contact clé avec leurs électeurs.

Mais rien n'y fait. Ils ont beau s'entourer de professionnels de la com' et du digital, à chasser le naturel il revient au galop. Alors, la question est inéluctable : savent-ils vraiment s'entourer ?

A la veille de son meeting parisien, NKM est victime d'une vague de spam orchestrée assez grossièrement par celui qui semble être l'un de ses conseillers (https://www.facebook.com/cedric.fiducia.ump). Plusieurs comptes Facebook ont été créés ou transformés (Cédric Fiducia, Candice Fiducia, Didier Fiducia...), arborant tous les couleurs de la candidate, et faisant surtout de la retape en Direct Message, l'outil pourtant le plus "intime" de la plateforme.

Reçu aujourd'hui, ce message "privé", donc, semble avoir été diffusé à grande échelle et sans plus de critère de ciblage - au passage, j'habite Nantes - tant on répond dans mon entourage l'avoir également reçu. Et naturellement, les partis concurrents s'en font l'écho sur Twitter

Un bon gros #Fail encore à cause de pratiques roublardes et surtout balourdes qui pourraient bien se retourner contre la candidate...








Quand les patrons montrent l'exemple : Tweet Bosses

Nous sommes en 2014, et beaucoup d'entreprises françaises n'ont pas encore embrassé tout le potentiel de la révolution digitale. Les médias sociaux ont quant à eux prouvé qu'ils ne sont pas le "dernier truc à la mode" que certains imaginaient pour s'éviter le changement inévitable dont ils sont désormais prisonniers. Se transformer ou mourir.

Ce manque d'agilité des entreprises face à la digitalisation de notre société est souvent incarné par sa gouvernance. Dans notre mentalité encore très "top - down", si le patron et son comité de direction ne sont pas convaincus, alors difficile d'envisager la conduite du changement.

Je me souviens du jour où Nicolas Bordas, CEO de TBWA France, annonça la création de Tweet Bosses. C'était lors du Hub Forum 2012, pour inciter les patrons français à reconsidérer leur positions vis-à-vis de Twitter. Alors, une étude montrait que 45% des sociétés du CAC40 seulement étaient actives sur la plateforme. Contre 82% aux USA.


Depuis, elles semblent avoir rattrapé leur retard et seraient désormais 87% à piaffer en 140 caractères, surtout à partir de comptes corporate ou RH (1m30.com). Mais seul un tiers d'entre elles produit 80% du contenu global (Le Monde). Quoiqu'il en soit, j'ai l'impression que l'initiative Tweet Bosses a su attiser tant la curiosité des entreprises que celle des observateurs, à en juger par le nombre d'études ou baromètres s'intéressant désormais au sujet (d'autres ici, ou encore là-bas).

En revanche, question patrons, l'Usine Digitale nous apprend que Gilles Schnepp, PDG de Legrand, est l'un de ceux qui tweete le plus avec... 47 gazouillis et 219 abonnés depuis sept.2012 (au 15.02.2014) !

Alors, il n'y a pas que le CAC, c'est sûr, et d'autres patrons sont devenus de vrais boss sur Twitter. "Fastoche" me direz-vous pour des patrons d'agence. Pas faux, c'est leur job de savoir communiquer. Mais cela n'enlève rien au message qu'ils cherchent à faire passer. Et les autres dirigeants devraient écouter leurs conseils. Après tout, c'est aussi leur job, le conseil. Suivez le compte de Tweet Bosses.

Regardez le témoignage de Dominique Delport (Havas Media). Suivez-le sur Twitter (@domdelport), et Nicolas Bordas (@nicolasbordas) aussi, tiens au passage, ça vaut vraiment le coup.


Quand la presse du XXe siècle aura disparu

Libération, ce quotidien qui jadis pouvait encore se targuer de faire bouger les lignes Maginot d'une société trop agrippée à son passé, souffre désormais des mêmes défauts qu'il combattait alors. Vieux soldat perclus de rhumatismes du siècle dernier, il refuse tout mouvement et presque, aujourd'hui, de s'alimenter.




Avec déjà un pied dans la tombe, il éructe pourtant du haut de sa tour d'ivoire, pensant encore s'adresser à qui voudra bien croire qu'au XXIe siècle, seules les idées pourraient s'affranchir d'une adaptation à celui qui - lui - n'a de cesse de changer : l'homme. Comme ces vieux qui, trop sûrs de leur sagesse, radotent sans que personne ne les écoute plus depuis longtemps.

Notre société change profondément et violemment depuis quelques années. Tous les secteurs et tous les métiers en vivent l'impact. Mêmes vos pairs l'ont diagnostiqué il y a déjà 9 ans (Une Presse sans Gutenberg - Fogel et Patino, ed.Grasset). Et tant mieux. Quand rien ne va plus, l'homme fait évoluer son écosystème. Nature humaine. Il fait bouger les lignes, en somme. Ce que Libération s'était promis de faire naguère. Mais il est toujours plus facile de vouloir faire changer les autres que d'accepter de changer soi-même.

C'est ce que son public lui répond, sans détour, fatigué de ces dogmatiques de l'ancien Monde. A l'heure des Airbnb, Über, Amazon et autres acteurs du nouveau Monde qui ont pris la place de l'ancienne garde, un quotidien se meurt...



Bonne chance, sincèrement, à toutes celles et ceux qui font ce journal. Car il n'est jamais bon de perdre un titre de presse, surtout si emblématique. Mais vous êtes journalistes, bon sang ! Alors regardez avec sincérité autour de vous. Pour de bon. Ouvrez les yeux. Changez. Se battre pour ses idées, oui. En faisant fi de la réalité sociétale qui vous entoure, non.

Les propositions de vos actionnaires pour continuer de faire votre travail de journaliste, nous informer mais surtout nous faire réfléchir, débattre, comprendre, soutenir ou combattre, penser un Monde meilleur... ces propositions sont bonnes. Infusant la réalité d'une société qui ne réfléchit plus uniquement papier en mains, mais de bien d'autres et surtout multiples façons. Même si j'ai lâché mes 3,60€ ce matin pour avoir le plaisir de vous caresser de mes doigts...

Alors que voulez-vous au fond ? Quelle est votre vocation véritable ? Contribuer à "libérer" notre pensée et in fine notre société ? Ou faire tourner des rotatives au prétexte que journalisme et stratégie de marque ne feront jamais bon ménage ? Dans ce 2e cas de figure, je connais plein de blogueurs et d'auteurs de fanzines qui partagent votre opinion... Mais il faudra accepter bien plus qu'une baisse de salaire et une conduite de changement pour garder ce "privilège" d'intellectuels croyant encore pouvoir faire passer leurs idées sans comprendre eux-mêmes comment les idées naissent et circulent aujourd'hui.    

Quand les MOOC sauveront notre société

Les MOOC, tout le monde en parle mais personne ne les suit vraiment jusqu'au bout, nous apprennent quelques récentes statistiques. Et pourtant, l'accès à la connaissance est - pour beaucoup d'intellectuels - la clé d'une société meilleure. Alors qu'est-ce qui cloche ?

les MOOC sont-ils déjà morts ?


Je ferai court sur ce que sont les MOOC car d'autres les présentent déjà par ailleurs et mieux que je ne saurais le faire. Mais pour qui aurait vécu en ermite ces derniers mois, les MOOC (Massive Online Open Courses) sont tout simplement des cours accessibles en ligne au plus grand nombre. Le terme aurait été inventé en 2008 par un groupe de canadiens adeptes de logiciel libre, d'archives ouvertes et de MMOG (Massive Multiplayer Online Game). Mais le concept existe depuis bien plus longtemps (2001) avec le programme du MIT proposé en ligne et affichant + de 2150 cours à date, le MIT OpenCourseWare (MIT OCW). Voilà pour un bref historique et pour en savoir plus, évidemment il y a Wikipedia.

Voici donc une chronologie fulgurante :
2001, apparition du 1er MOOC "-like" ;
2008, conceptualisation plus officielle ;
2013, buzz (3 principaux consortiums et une multitude d'initiatives se réclamant des MOOC) ;
2014, déclin déjà annoncé par les observateurs...


Douche écossaise. Après avoir chanté l'engouement des internautes trop ravis de pouvoir s'inscrire aux programmes de prestigieuses universités ou écoles ("plus de trois millions d'étudiants peuvent suivre les cours des plus prestigieuses universités : Stanford, Harvard, MIT..." - Le Monde), on nous décrit à présent à l'arrivée un taux d'abandon encore supérieur à celui des formations à distance traditionnelles. A peine plus d'un inscrit sur dix irait jusqu'à l'évaluation finale selon les chiffres de l'un des 3 principaux consortium mondiaux, Coursera.org (source revue Futuribles - janvier 2014).

Pourquoi ?

NB: Je tente ici humblement de proposer mon point de vue d'associé d'un organisme de formation innovant dans ses outils mais respectant les fondamentaux de la pédagogie (cf. les explications sur notre site).
6 points mais 2 niveaux de lecture. Un premier niveau très rapide, six paragraphes courts qui se lisent en une petite minute, ci-dessous. Sinon, pour les moins pressés, les numéros des "chapitres" davantage étayés sont indiqués entre parenthèses (n).


A vous donc de choisir en fonction de votre temps ou de votre intérêt pour mon propos.


Pour les lecteurs "pressés" :

Alors que la culture de l'écran, irriguant désormais largement notre civilisation moderne (3 milliards d’internautes et 1 milliard de smartphones vendus dans le Monde en 2013), semble justifier cette nouvelle forme d'accès au savoir pour le plus grand nombre, les nouveaux usages de l'homo-numericus que nous sommes devenus semblent au contraire mal s’accommoder de canons pédagogiques inhérents à toute "vraie" formation . Trop d'écran finit par tuer l'écran (1).

De fait, pour qu'un apprentissage soit efficace, encore faut-il une méthode efficiente. Or, l'appel d'air marketing que l'engouement médiatique pour les premiers MOOC a créé, nous a apporté son traditionnel lot d'opportunistes surfant sur la vague sans respecter les pré-requis pédagogiques. Or si l'on apprend toujours seul (derrière son écran), ce n'est pour autant jamais sans les autres (2).  

L'engouement. Justement. S'il peut-être sincère, est-il toujours pour autant réellement motivé ? Surtout face au phénomène de gratuité, du moindre engagement ? Et si les MOOC souffraient du syndrome "bonnes résolutions" du nouvel an (3)

Les MOOC aujourd'hui, le e-learning hier, les cours à distance avant-hier. Le passé nous a déjà prouvé le manque de constance, d'assiduité et surtout de réussite des pédagogies dématérialisées, désincarnées. Le e-learning ne satisfait pas. Le CNED fonctionne économiquement en partie grâce aux abandons (moins de correcteurs à payer en fin de parcours). Ne pouvons-nous pas apprendre des échecs du passé pour sauver l'avenir des MOOC (4) ?

Quel avenir entrevoir pour une nouvelle forme d'enseignement quand ses pairs eux-mêmes n'y croient pas, voire la dénigre ? 66% des enseignants ne pensent pas que "les MOOC offrent une perspective passionante pour l'Université" (Source : enquête de l'institut Gallup pour Inside Higher Ed, juil.2013). Le "sachant" traditionnel sait-il chasser en dehors de son carcan ? (5)

Et pourtant, malgré ces premiers aveux de faiblesses, ces doutes rampants, sommes-nous vraiment conscients de la formidable opportunité que les MOOC peuvent présenter pour notre civilisation ? De l'accès aux savoirs, à la connaissance et à la culture dépendent la survie de notre espèce et les maux de notre société, de plus en plus violente car de moins en moins éduquée. Cogito ergo sum (6).


Pour les lecteurs moins "pressés" :

1. Trop d'écran finit par tuer l'écran

Un peu comme pour les bonnes résolutions de début d'année, on sur-estime notre capacité à tenir la distance. Certes notre société consacrant la culture des écrans est prête pour dématérialiser à peu près tout, y compris l'accès au savoir. Mais à l'heure des écrans, précisément, notre petite horloge intérieure s'est déréglée. Et nous sommes de moins en moins patients. Notre attention est désormais fragmentée. Nous prétendons être multitâches comme nos smartphones, mais avons du mal en réalité à nous concentrer sérieusement sur un seul sujet plus de quelques minutes... surtout derrière un écran ! Puisque ces derniers nous habituent à des formats toujours plus courts pour s'assurer de notre pleine attention dût-elle être réduite à une poignée de seconde (cf. la pub).

Sommes-nous responsables de cette incohérence entre notre envie d'apprendre et notre incapacité chronique à en supporter les contraintes indissociables liées au temps d'apprentissage ? Non. Alors sommes-nous irresponsables de ne pas faire plus d'efforts ? Non plus. Car les vrais irresponsables sont ceux qui - flairant le bon coup marketing plus que l'opportunité de changer le Monde - ont l'inconséquence de parler de formation, ne faisant que s'emparer des atours des MOOC, de surfer sur cette promesse d'élévation de notre société par le savoir(-faire), en proposant des formats ultra-courts "de trois minutes pour la génération Twitter" (sic).


2. On apprend toujours seul, mais jamais sans les autres

Quiconque est allé à l'école se souvient d'avoir systématiquement mis en application les théories précédemment énoncée religieusement par le sachant, son professeur. De sorte à disposer du savoir, mais aussi et surtout du savoir-faire. Condition sine qua non pour un bon ancrage du concept enseigné, et de sa mise en œuvre. En entreprise également, si les bons organismes de formation vous font (encore) venir en salle le plus souvent deux jours, c'est pour avoir le temps d'apprendre et de comprendre en s'exerçant.

Les "vrais" MOOC s'étalent sur plusieurs semaines, durée classique du programme enseigné par ailleurs en amphi. Qui plus est, des exercices sont à réaliser chez soi puis corrigés. Les étudiants online (comment les appeler ? Les MOOCers ?) sont invités à échanger, débattre, partager leurs retours d'expérience sur des forums ou réseaux sociaux dédiés à cet effet. On apprend toujours seul, mais jamais sans les autres. Du point de vue de ces pré-requis pédagogiques, ils ne sont donc totalement valables et recommandables.

En revanche, les opportunistes mettant sur le marché des plate-formes ressemblant à des MOOC et proposant en fait un maelström de connaissances pratiques, en boîte, ou "capsules" comme ils disent, de format court, sans plus de méthode pédagogique assurant une bonne assimilation et - pis encore - dispensées par le premier venu pensant arrondir ses fins de mois, sont évidemment à fuir. Autant chercher des "How To..." sur Youtube.

Mais à fuir ces usurpateurs c'est bien à côté du concept pourtant originellement intéressant des MOOC, les vrais, que l'on risque de passer. Amalgame. Bébé jeté avec l'eau du bain. Sus aux parasites du système !


3. Le syndrome "bonnes résolutions" du nouvel an
Une étude de 2007 du psychologue américain Richard Wiseman montre que 88% des bonnes résolutions se terminent par des échecs."La volonté, tel un biceps, ne peut se contraindre que jusqu'à ce qu'il abandonne; il s'agit d'une capacité mentale extrêmement limitée" commente le Wall Street Journal.

Pire encore, les études tendraient à prouver que plus on sollicite notre cortex pré-frontal (ingurgitation de nouveautés, résolutions de problèmes inédits, etc.) plus on est enclin à céder à la tentation de lâcher prise. En somme, nous sommes programmés pour nous empêcher de nous "maltraiter" continuellement.

De fait, les méthodes éprouvées de formation faisant appel à ce que l'on appelle un "escalier" ou un parcours pédagogique tiennent compte de ces limites de l'homme, et proposent des rythmes, des outils et des techniques d'animation permettant de les contourner. Car si la volonté réagit comme un muscle, l'entraîner peut la renforcer.

En outre, la relative "pression" sociale du groupe qui nous entoure, en amphi ou en salle de formation joue également à la fois le rôle de catalyseur, au sein duquel trouver du soutien, mais aussi une forme de culpabilité à abandonner. Il n'en va pas de même lorsqu'on se retrouve seul derrière son écran, a fortiori si l'on reste anonyme.


4. Apprendre des échecs du passé pour sauver l'avenir des MOOC
Udacity, l'un des 3 principaux consortiums universitaires portant l'essentiel de l'offre de MOOC dans le Monde (avec Coursera et Edx) a finalement décidé contre toute attente de cesser son activité en novembre 2013. Co-fondé par Sebastian Thrun, ancien salarié de Google, ancien enseignant à Stanford, et notamment connu pour son cours sur l'intelligence artificielle qui avait rassemblé plus de 160 000 étudiants, ce poids lourd des MOOC (avec une levée de fonds de plus de 20M$) a cédé sous le volume considérable d'abandons des étudiants (23.000 seulement à la fin du programme).

Le phénomène d'abandon dans les études n'est pas nouveau, et on comprend un peu mieux son mécanisme avec notre point (3) même si celui-ci ne fait qu'aborder le sujet. D'ailleurs, certains chercheurs ont prouvé que les modalités d'enseignement à distance sont plus sujettes à l'abandon :

"Différentes études ont en effet montré que le taux d’abandon à distance est nettement supérieur à celui des étudiants en présentiel (Carr, 2000 ; Diaz, 2000, 2002 ; Easterday, 1997; Roblyer, 1999)" - source : "Le e-learning est-il efficace ? Une analyse de la littérature anglo-saxonne." F.Fenouillet et M.Dero, article de recherche publié dans la revue Savoirs en 2006, consultable ici).

Même chez les professionnels de la formation proposant du e-learning, par exemple, on revient à un modèle hybride ré-injectant de l'humain, en face-à-face (ou "présentiel" dans le jargon du métier), que l'on appelle le "blended learning". Lire à ce sujet l'article de l'Atelier, datant déjà de 2009.

C'est d'ailleurs pour cela qu'un certain nombre de défenseurs des MOOC militent pour une formation "blended", avec des modules online pour découvrir, apprendre, voire comprendre (exercices de 1er niveau) suivis d'ateliers de mise en pratique, dans le monde physique, en salle de formation. Super ! Mais les MOOC ne sont plus vraiment des MOOC, mais du "blended learning" tel que proposé depuis déjà longtemps par certains organismes de formation. Pire encore certaines structures traditionnelles de formation à distance se mettent à baptiser MOOC leurs cours sans n'avoir rien changé à leurs contenus ni leur pédagogie. Et quid de ce modèle "d'abord un MOOC, ensuite la salle" appliqué à la promesse initiale de suivre les cours des universités les plus prestigieuses ? Impossible a priori.


5. Le "sachant" traditionnel sait-il chasser en dehors de son carcan ?
"Nul n'est prophète en son pays" rappelle la maxime. Eh bien les MOOC n'ont pas la côte auprès du monde enseignant classique. La plupart des porte-étendard des MOOC dans les universités et/ou écoles ayant franchi le Rubicon sont des rebelles, des francs-tireurs, apprend-t-on dans la revue Futuribles du mois de janvier 2014.


La résistance au changement est partout, mais surtout dans les rangs des défenseurs d'un savoir-faire devenu citadelle. Les MOOC ne trouvent alors grâce à leurs yeux que pour désengorger les amphis et le poste budgétaire que représentent les études supérieures pour certaines familles.

Pourtant en première ligne, les enseignants devraient se rendre compte que le schéma traditionnel ne fonctionne plus pour autant. Nous n'apprenons pas tous au même rythme et de la même manière. C'est un fait. Et la mise en scène théâtrale (la classe pour unité de lieu et les horaires pour unité de temps) est révolue auprès des générations ATAWAD (AnyTime, AnyWher, Any Device).

Michel Serres explique quant à lui que, depuis 30 ans qu'il enseigne dans le Monde, (notamment à Stanford - USA), ses étudiants ont changé et qu'il ne peut plus entrer dans un amphi en l'ignorant. Il y a 30 ans, dit-il, régnait une présomption d'incompétence de la part de l'enseignant envers ses étudiants. C'était alors son rôle de les rendre compétents. Aujourd'hui, il y a présomption de compétence. Certes inaboutie, inachevée, mais l'étudiant moderne s'est déjà nourri sur le web des savoirs théoriques à connaître pour aborder le cours. Ni le fond, ni la forme de l'enseignement ne peuvent dès lors être les mêmes qu'il y a 30 ans pour le même cours.

6. Cogito ergo sum
Ou au lieu de Descartes, nous pourrions citer Virgile : "On se lasse de tout sauf d'apprendre".

Apprendre est consubstantiel à l'homme. Développer son intelligence, mais aussi sa culture, son imagination, sa connaissance du Monde. Encore un philosophe, Platon, décrit l'homme comme nu, sans chaussures ni couvertures. Dépourvu des attributs distribués aux bêtes sauvages pour survivre dans la nature. Le seul don qui lui fût attribué par Prométhée, est la connaissance des arts et du feu, dérobée aux Dieux. Lui permettant ainsi de perpétuellement adapter la nature qui l'entoure à ses besoins. D'innover.

Or les statistiques sont alarmantes. Le niveau de nos élèves (du primaire et secondaire) ne cesse de régresser depuis 10 ans. Le rapport PISA de l'OCDE fit grand bruit en décembre 2013. Concernant, par exemple, les mathématiques, la France se classe au 25e rang sur 65 pays étudiés. Et au 18e rang sur les 24 pays de l'OCDE...

Pire. La tendance est au creusement de l'écart entre les "bons" et les "mauvais" élèves, tout au long de la scolarité. Cette enquête sur les acquis de nos élèves, de notre relève, révèle en creux le désastre économique, social et culturel auquel notre société s'expose si ce qui constituera demain le capital humain de la nation n'est pas mieux accompagné. Qui plus est dans sur un marché de la main d’œuvre de plus en plus mondialisé et concurrentiel.

Ce creusement de l'écart entre ceux qui formeront l'élite, toujours plus resserrée, de notre pays et... les autres, se ressentira dans le management, laissant filtrer une forme de clivage nuisible aux bonnes performances de l'entreprise, et donc de notre croissance.

La formation est le moteur d'une société. Ne l'oublions pas. Jamais. Donnons-en nous les moyens. L'envie. Mais l'envie est là, déjà, en chacun d'entre nous. L'astrophysicien André Brahic nous racontait cette semaine, à Nantes, lors d'une conférence intitulée "Osons la science", une anecdote personnelle. Envoyé dans des banlieues dites "difficiles" pour parler aux enfants - réputés turbulents dans ces quartiers, ostracisés - d'étoiles, de planètes, bref d'astronomie. Au bout de 5 minutes le calme envahissait systématiquement la salle, laissant place à l'intérêt des élèves pour un enseignement nouveau et qui s'adressait à eux également de façon nouvelle : comme à des êtres doués d'intérêt, justement.

Alors oui. Donnons-en nous les moyens. Avec intelligence. Avec pédagogie. Ne confondons pas information et formation. Partage de connaissances et véritable apprentissage. Télévision et découverte du métier d'animateur, de producteur ou de cadreur pour la télévision. Faisons des MOOC la chance presque universelle d'élever notre société par la connaissance et la culture dont on sait qu'elles sont les remparts à la violence, bestiale et délétère. Combattons enfin les charlatans voulant nous éclairer de leurs lanternes alors qu'ils n'ont que des vessies à nous refourguer.

Plus que jamais les connaissances et les savoirs sont accessibles avec le web. Et, corollaire, plus que jamais nous avons besoin de faire preuve d'intelligence et de discernement face au phénomène d'infobésité. Organisons-nous, imaginons la meilleure solution, quelque soit son nom, MOOC ou autre, et positivons. Il en va du sort de notre civilisation.


Quand Google deviendra politique avec Nest

Google s'est donc offert le thermostat intelligent Nest pour 3,2 milliards de dollars. Voici 3 raisons pour lesquelles le géant de Moutain View s'intéresse à la température de votre foyer. Les deux premières sont plutôt évidentes, mais la 3e est sans doute la plus inattendue mais aussi la plus fondamentale pour l'avenir de notre planète.


LA 1ère RÉPONSE est évidemment économique. Classique. Stratégie de croissance externe, en se positionnant sur un marché annoncé comme la nouvelle vague de la révolution digitale avec ses 26 milliards d'objets connectés attendus dans le Monde en 2020 pour un CA cumulé de 300 milliards de dollars (Gartner). Avant qu'un autre géant ne le fasse à sa place.

Ajoutons à ceci que certaines sources rapportaient déjà en janvier 2013 (un an pile avant le rachat) que Nest expédiait près de 50.000 devices par mois. Considérant un prix moyen de 189$ (le thermostat coûte 249$ et le détecteur de fumée 129$), cela fait déjà un beau CA annuel d'environ 113M$.

Mais est-ce un motif suffisant pour que Google achète Nest ? Pour débourser une telle somme ? 




LE 2nd NIVEAU DE LECTURE est éminemment stratégique. L'innovation. Nous en avons déjà parlé, mais le cycle de vie d'une innovation de rupture telle que fût celle du web connaît forcément une phase de déclin, nécessitant d'avoir exploré et plus encore ouvert et préempté d'autres chemins.

Google qui depuis 1998 organise littéralement le web est dans cette logique. Déjà passé du desktop au mobile, l'Internet des Objets ("Internet of Things" ou "IoT") est la 3e (r-)évolution de la révolution digitale.

« La croissance de l’Internet des objets dépassera, et de loin, celle des autres terminaux connectés, assure Peter Middleton, directeur de recherche chez Gartner. En 2020, le nombre de smartphones, tablettes et PC en usage tournera aux alentours des 7,3 milliards d’unités, soit trois fois moins que celui des objets connectés. » 
Après avoir créé de nouveaux usages avec son moteur de recherche, Google se doit de garder un coup d'avance sur les nouveaux comportement de l'humain mis face aux possibles des nouvelles technologies digitales. La seule différence que souligne le rachat de Nest, c'est que si Google créait naguère ces nouveaux comportements, c'est à son tour de s'adapter à la croissance exponentielle de l'évolution technologique pour rester dans la course et garder un coup d'avance. Car finalement, Nest sera le vrai 1er objet connecté de la marque, déjà disponible alors que les Google Glass qui font tant parler depuis longtemps ne sont pas prêtes d'être mises sur le marché (courant 2014 aux USA sans date officielle). 


UNE 3e CLÉ DE RÉFLEXION est indéniablement plus politique. Au sens premier du grec Politeia qui concerne la constitution (donc la structure et le fonctionnement) d'une communauté, d'une société, d'un groupe social...

Depuis ses débuts, Google s'immisce physiquement partout dans la "cité" (Polis).
 
D'abord sur notre lieu de travail à la fin des années 90, puis rapidement dans nos maisons avec l'ordinateur familial, puis la Google TV. C'est ensuite la mobilité qui dissémine son influence et son omniprésence. Embarqué, dans notre voiture (rachat de Waze, projet de Google Car), sur nous (pour nos recherches et itinéraires sur smartphones, OS dédié Android, bientôt les Google Glass...) et finalement... en nous ! Par le réflexe, devenu quasi-instinctifs de "passer par Google" quelque soit notre besoin de mémoire, de savoir ou d'imagination.

Avec Nest, Google met un pied supplémentaire dans notre habitat. Ou plutôt dans des millions de foyers. Car, si la crainte populaire d'un Big Brother s'intéressant à l'individu est justifiée par cette impression d'omnipotence ("the thermostat even has a sensor with a 150-degree range to detect when you’re not home, so it can adjust the temperature accordingly, and save energy"), à l'heure du Big Data c'est plutôt cette capacité à connaître et donc à maîtriser le groupe qui est bien plus synonyme de pouvoir, et donc de richesse.


NAM ET IPSA SCIENTIA POTESTAS EST 
"Savoir, c'est pouvoir." concluait Francis Bacon. On ne peut obtenir de la nature en émettant seulement le souhait, il faut l'étudier, la comprendre pour pouvoir l'utiliser à ses fins.

Google nous semble suivre cette logique depuis longtemps déjà.

Agrégeant depuis le début la connaissance du monde, la firme connaît les centres d'intérêts de l'humanité, y compris en matière d'actualités, et l'organise en conséquence...

Avec Google+, Gmail et Blogger, nos relations et opinions sont connues et analysables, modélisables.


Avec Google Music Play, Google Books, Google TV et Youtube, Google sait précisément où en est la culture à l'échelle locale comme mondiale.

On pourrait multiplier les exemples de sources d'information pour Google que représentent chacun de ses services et outils, mis gratuitement à notre disposition pour nous adoucir le quotidien.

On en connaît déjà certaines démonstrations de la puissance de Google en matière de traitement de ces données. Citons-en deux simplement à titre d'exemple. La publicité contextuelle en est l'un des exemples les plus emblématiques et a (largement) concouru à renverser l'industrie toute entière de la communication et du marketing. Moins connu, Google Flu Trends est capable depuis 2008 de traquer l'avancée du virus de la grippe à travers le Monde en fonction des recherches effectuées sur le plus célèbre des moteurs de recherche.


Dès lors, à l'heure de LA problématique mondiale et vitale que représente la consommation et donc la gestion des énergies, le rachat de Nest par Google prend peut-être tout son sens.

Car être capable de connaître finement (car in situ) la consommation et surtout les habitudes de consommation en matière d'énergie, aussi bien localement (une ville) que globalement (un pays), représente une information inestimable pour les acteurs privés et publics responsables de la gestion des ressources (production et distribution).  Ainsi, en rachetant Nest, Google se positionne comme un acteur potentiellement incontournable de ce nouvel enjeu économique et écologique (donc politique) fondamental que l'on appelle smart grid.

Comprenons que l'enjeu est planétaire ! Au sens où il nous concerne tous. Mais aussi et surtout au sens qu'il en va du sort de notre Planète comme habitat de l'espèce humaine (entre autres). Savoir c'est pouvoir. Si Google sait, demain, comment réguler la consommation d'énergie dans le monde, Google peut agir sur l'avenir de l'humanité.

Cela a une valeur inestimable puisqu'il en ira du futur de notre espèce. Une valeur qui va bien au-delà des perspectives économiques, commerciales ou financières liées à une telle opération de croissance externe.

Une valeur qui consacrera mondialement l'ancienne start-up californienne en tant qu'acteur politique de 1er rang. 

Au sens de Politeia - la connaissance et la maîtrise structurelle de l'organisation de notre société mondiale - et de Politikè qui se réfère plus directement à la pratique du pouvoir.



Pour aller + loin, d'autres articles traitant du rachat de Nest par Google :
> à propos de qui s'enrichit avec ce rachat
> le site de Nest
> à propos de l'intérêt de Nest pour le comportement de ses clients

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Quand Google lancera des avis de recherche

Avoir des convictions, c'est bien. Les partager, ça peut être utile.

Avoir de l'influence sur les réseaux sociaux, ça peut-être utile. Quand on s'appelle Google, c'est juste logique.

Disposer d'algorithmes de reconnaissance faciale quand on s'appelle Google, c'est juste logique. S'en servir pour lancer une chasse à l'homme numérique, ce serait insupportable 

Quand franchirons-nous ce cap ?


https://twitter.com/GoogleEarthPics/status/415417774849003520

Le 24 décembre 2013, le compte Twitter Google Earth Pics suivi par près de 215k personnes dans le Monde les incite à rendre célèbre cette famille "d'animaux" par l'usage massif du retweet : "RT => This Rich Family Killed an Elephant while it was eating. Let's make these 5 animals and 1 elephant famous! pic.twitter.com/nDA1w8Qxjm" - 4 jours plus tard, nous comptons déjà plus de 13k RT et 1k favoris.